Lundi 10 août 2009

Depuis son élection, le président américain est victime de menaces croissantes. Une trentaine par jour. Une augmentation de 400% par rapport à l'ère Bush


Extrait du Matin, 9 août 2009


«Je vais assassiner le président des Etats-Unis. Vous avez 48 heures pour m'en empêcher.» L'auteur de ce courriel, envoyé à la Maison-Blanche le 12 janvier, a été condamné il y a une semaine par un tribunal de Denver. Pour avoir menacé Barack Obama, Timothy Gutierrez, 21 ans, devra passer quatre ans en liberté surveillée, dont 10 mois de détention à domicile.

Aux Etats-Unis, ils sont des dizaines de milliers à vouer, comme lui, une haine viscérale au président. Une enquête publiée récemment a montré qu'Obama est la cible de 30 menaces de mort par jour. Soit une augmentation de 400% du nombre de menaces à l'encontre du président, par rapport à l'époque où George W. Bush était en fonction. Et cette évolution ne manque pas d'inquiéter les services secrets et le FBI: plus que jamais, ils redoutent une recrudescence des attentats politiques dans le pays.

Triste constat: l'élection de Barack Obama n'a pas guéri l'Amérique de ses maux. «Il y a eu des progrès, mais la haine existe encore», «Celui qui envoie des lettres de menaces est généralement un marginal, originaire d'un Etat rural. Il déteste le président parce que c'est un Noir, un démocrate, un intellectuel et un personnage cosmopolite. Obama incarne tout ce que rejette l'Amérique profonde.»

«Sous-culture marginale»

Pour Romain Huret, professeur d'histoire à l'Institut d'études politiques de Paris, ceux qui en veulent à la vie d'Obama se subdivisent en trois catégories: les défenseurs de la suprématie blanche, les militants ultraconservateurs et les miliciens: «Tous ces groupes se confondent dans une même détestation de l'étranger, des Noirs et des démocrates. Ils forment une sous-culture politique très marginale, mais inquiétante.»

Les suprématistes blancs
«Les attaques à l'encontre d'Obama émanent souvent de groupuscules racistes dans la lignée du Ku Klux Klan», note Romain Huret. Tristement célèbre, l'organisation n'a pas cessé d'exister aux Etats-Unis, elle est aujourd'hui «scindée en une multitude de groupuscules, qui représentent peut-être 4000 ou 5000 personnes en tout.

Il semble qu'on assiste actuellement à une résurgence de leurs activités. Depuis l'élection d'Obama, ils se vantent d'avoir recruté plusieurs milliers de membres. On ignore si c'est vrai. Mais on sait qu'ils recrutent de plus en plus jeune. Certains groupes ont abaissé à 10 ans l'âge minimal d'adhésion!», les membres des Klan sont surtout actifs sur la Toile.»

Les militants ultraconservateurs

En marge des grandes organisations conservatrices, il existe une multitude de groupuscules ultraréactionnaires, qui agissent à l'échelle locale. Ces organisations, qui accueillent bon nombre de militaires à la retraite, se bornent généralement à envoyer des pétitions aux élus locaux. Mais leurs actions peuvent être plus violentes.

Les milices paramilitaires

«L'assassinat de Kennedy comme celui de Luther King étaient directement liés à des milices paramilitaires». Aujourd'hui, ces milices restent actives et accueillent beaucoup d'anciens combattants d'Irak: «Ce sont des jeunes hommes qui supportent mal de revenir dans un pays en crise après avoir servi à l'étranger, et qui basculent facilement dans des structures paramilitaires.»


Les pros redoutent une nouvelle vague d'attentats
«Aujourd'hui, avec la résurgence des groupuscules d'extrême droite, beaucoup d'observateurs pensent que les attentats politiques vont réapparaître, confie le spécialiste des Etats-Unis Romain Huret. Il y a une crainte énorme qu'un membre d'un groupuscule fasse exploser une bombe. Partout, les mesures de sécurité sont à leur maximum.»

Certains événements récents ont renforcé la crainte d'un attentat: en juin, un homme disant agir au nom de la suprématie blanche a ouvert le feu à l'intérieur du Musée de l'Holocauste de Washington, à quelques centaines de mètres de la Maison-Blanche. La fusillade a fait deux blessés par balles et semé la panique au coeur de la capitale américaine.

Pour certains, malgré tout, le risque d'un attentat dirigé contre Obama est relatif. Encadré 24 heures sur 24 par des équipes d'élite armées de l'US Secret Service (USSS), le président actuel est sans doute la personnalité la mieux protégée du moment.

 

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Par sosracisme06 - Publié dans : Revue de presse
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