Partager l'article ! Les bleus ont été minables... Certains commentaires de « supporters » le sont encore plus.: L'équipe de France devient, malgré el ...
L'équipe de France devient, malgré elle, une vitrine, un miroir plus ou moins déformant de la société française que les politiques ont aimé récupérer lors du mondial victorieux de 1998. « Black-Blanc-beur » lorsqu'elle gagnait, elle devient « Black-Black-Black » les jours moins glorieux. Aujourd'hui, devant la débâcle, des penseurs auto proclamés de la république française nous parlent d'une équipe des blancs contre les blacks, de clans de musulmans et de cailleras. Une récupération politique de la part d'internautes et d'habitués des plateaux télés qui fleure bon les idées qui puent...
« Chez ces gens-là, la France, c’est un pays de bouffons »
Eric Zemmour semble jubiler de la débâcle tricolore. Dans une chronique acerbe (pour ne pas dire populiste et caricaturale), il profite de ce cataclysme sportif pour dépeindre sa vision habituelle d'une France rongée par le communautarisme arabo-musulman, soulignant, comme si la religion avait sa part de responsabilité dans les performances médiocres de l'équipe, la conversion de Ribery, Abidal et Anelka, qui, selon ce spécialiste du football, essayent d'imposer leur loi.
En plus de faire miroiter sans preuve concrète, le spectre de l'islam conquérant qui impose sa charia, c'est également la prétendue haine du blanc qui ressort des analyses de ce polémiste qui connait si peu le foot et l'équipe de France. Le symbole est fort, et l'hypothétique rejet de Gourcuff au sein du groupe a vite été récupéré pour stigmatiser une équipe trop noire et raciste. Un groupe facebook « SOUTIEN à Yoann GOURCUFF victime de racisme ANTI BLANC en équipe de France » a ainsi dépassé les 1000 membres dont certains arborent fièrement des symboles de la culture skinhead... Là encore, aucune preuve tangible de ce conflit ethnique, mais cela suffit à nourrir les blogs paranos de l'ultra droite.
« Si la France de ces petits caïds gagne, ce sera une catastrophe ».
Eric Zemmour n'est pas le seul à surfer joyeusement sur la déroute des bleus, Alain Finkielkraut nous abreuve depuis quelques jours de discours plus nauséabonds que philosophiques. Après avoir critiqué la coloration de l'équipe, c'est le délit de sale adresse qui est mis en avant. Ou plutôt l'origine banlieusarde de nos milliardaires en short préférés. Depuis quelques jours, ce sont des termes très connotés qui pleuvent. On voit même apparaître de nombreuses listes triant les racailles des autres. Parmi les joueurs de l'équipe de France, «beaucoup ont grandi dans les années 1985 à 1995, souvent dans les cités de la région parisienne (Trappes pour Anelka, les Ulis pour Evra et Henry) ou lyonnaise (La Duchère pour Abidal)». Si les critiques sportives sont méritées, les raccourcis haineux sont nombreux et on ne pourrait passer sous silence, la Une scandaleuse du journal Minute: « Le Karcher pour cette racaille ». Aujourd'hui encore on entendait à l'ump des «racailles !», «petits merdeux !»... Un déferlement disproportionné qui souligne les appréhensions que certains ont avec tout ce qui vient de nos quartiers populaires.
L’équipe de France, symbole du vivre ensemble ?
Le sportif de haut niveau représente un modèle de vie, un modèle pour la jeunesse. En voulant faire de l'équipe nationale de football le symbole ultime du vivre ensemble en 1998, on a pris un risque, celui d'obtenir un effet boomerang lors d'une crise sportive de cette équipe. Comme le dit très justement l'ethnologue Christian Bromberger «Ce sport est un objet très plastique où chacun peut retrouver ses dadas, ses modèles d'identification, y projeter ses conceptions de la société, du vivre ou du non-vivre ensemble». Pour ceux qui font le lit d'une France des uns contre les autres, cette tragi-comédie est une aubaine, la récupération politique des événements sportifs peut devenir une plaie pour le vivre ensemble. Aujourd'hui c'est un déluge de propos fumeux qui accompagne des bleus transformés en bouc émissaire. Soyons vigilants !
Karim Ben Younes
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